L'Afrique de la musique [1/1]
Pendant quatre jours la semaine dernière, la place Émilie-Gamelin s'est transformée en un village africain pour accueillir des amoureux du spectacle venus d'Afrique, des Antilles ou encore d'Amérique latine. Juste à l'entrée, un dôme accueille des chérubins qui noircissent des feuilles blanches pour les suspendre, par la suite, sur une corde à linge. Ils vont tous faire la file pour se faire transformer en tigre ou en chat sous la main de la maquilleuse baptisée « la magicienne ».
Une gamine se dandine sur les rythmes du n'goni, une bizarrerie africaine que taquine Dramane Koné, un jeune artiste malien, au large sourire qui semble tout droit sorti d'un conte bambara. Le n'goni est un instrument de quatre à six cordes formé d'une caisse de résonance en bois massif et recouverte d'une peau de chèvre. Le public écoute et ne bronche point même lorsque le jeune musicien s'arrête pour demander s'il y a des questions, et puis un courageux s'avance et brise la glace; s'en suit un échange fort intéressant et j'en déduis que le n'goni est l'ancêtre du banjo.
La première fois que j'ai vu un banjo, je devais avoir une dizaine d'années. J'habitais à Oran en Algérie. Il appartenait à mon oncle. Comme il en prenait grand soin, je le considérais comme une antiquité. Bien sûr, je n'avais pas le droit d'y toucher. Comme il m'était interdit, je l'ai toujours désiré secrètement. Dans la maison de mes grands-parents paternels, il y avait d'autres instruments tels la mandoline, le luth, des percussions, le violon et la guitare, qui appartenaient, cette fois-ci, à mon autre oncle, le plus jeune de la famille, celui qui s'est dirigé vers une carrière musicale après avoir fait 15 ans de conservatoire de musique arabo-andalouse. Je me souviens aussi de fêtes familiales ou nous étions tous réunis dans l'immense salon bordé de banquettes mauresques à chantonner des mélodies arabo-andalouses. Cette musique qui s'est développée dans les palais de Cordoue, de Séville et de Grenade au IXe siècle continue de se perpétuer à travers tout le Maghreb.
Partout en Afrique, la musique occupe une place privilégiée dans la vie des populations. Qu'elle soit savante ou profane, elle fait partie intégrante de la vie quotidienne. C'est peu dire que les gens entretiennent un rapport viscéral avec la musique. En réalité, la musique les habite et eux aussi habitent la musique.

